Divorce à l’iranienne
Sous nos yeux, un couple se déchire. Face caméra. Le spectateur tient la place du juge .La première scène d’Une séparation nous plonge jusqu’au vertige au coeur du sujet développé par Fasghar Farhadi, cinéaste iranien Ours d’or du dernier festival de Berlin: la désintégration. Celle d’un couple dans un Téhéran contemporain très éloigné des clichés occidentaux, mais, aussi celle d’une société en crise.
Lorsque Nader se retrouve seul avec son père atteint de la maladie dAlzheïmer, il embauche Hodjat, une aide-soignante venue des faubourg de Téhéran. Par petite touches subtiles, magnifiées par des acteurs remarquables, le cinéaste dépeint la relation ambigüe qui se noue entre le bourgeois citadin et la déclassée. La dimension sociale atteint son paroxysme lorsque suite à une négligence envers son père, Nader renvoie brutalement Hodjat. Celle-ci, qui était enceinte, fait une fausse couche. La justice entre à nouveau en scène.
Le génie d’Une séparation est d’avoir su tirer de ce scénario aux apparences très “mélo” la matière à un portrait tout en nuances de la société iranienne, vue au travers de cinq personnages . Entre le couple aisé qui se désagrège – avec leur fille adolescente en position d’arbitre -, et le couple déclassé (également parent) plongé dans la douleur, les relations qui se nouent, complexes, évoluent, à l’image de nos sentiments. Aucun jugement sous l”oeil de la caméra, toujours placée à juste distance, aucun pathos inutile. La fin est donc naturellement ouverte. La clé se trouve entre les mains de la fille du couple que l’épreuve n’aura pas ressoudé . Mais nous n’en saurons rien. A l’image de cet homme et de cette femme définitivement séparés par une paroi de verre.












