Melancholia : apocalypse blues

Un bon conseil: n’arrivez pas en retard à la séance de Melancholia. Les cinq premières minutes du nouveau film de Lars von Trier sont d’une d’une puissance sidérante. Ce ballet de visions hallucinées, d’une beauté à couper le souffle, renvoie directement à la scène finale, tout aussi stupéfiante. Leur puissance visuelle est sublimée par la musique de Wagner, dont le “Tristan et Iseult” accompagne le crépuscule de l’humanité, vu par l’enfant terrible du cinéma danois. Car inutile de prolonger le suspense plus longtemps: c’est bien de la fin de notre monde dont s’est emparé Von Trier. Mélancholia est un condensé de son univers et de ses obsessions, porté ici à incandescence.
Les femmes en font bien sûr partie, pour le meilleur et pour le pire: le cinéaste est volontiers taxé de misogynie . Imprévisible et provocateur, il offre ici deux superbes premiers rôles féminins à Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg.
La première est la blonde Justine qui doit se marier le jour-même dans un château au décor somptueux. Sa soeur, la brune Claire, veille méticuleusement au bon déroulement de la cérémonie. Le comportement erratique de Justine sert de fil conducteur au bouleversement de cette assemblée familiale improvisée. Quelque chose ne tourne pas rond. A l’image de cette planète inconnue surnommée Melancholia qui dans quelques heure doit  frôler la Terre, selon les calculs des scientifiques? Car s’ils s’étaient trompés?

La famille et l’univers sont ici deux cellules aux destinées identiques: leur dérèglement conduit inéluctablement à l’explosion finale.

La très longue séquence du mariage où se font jour les haines et les frustrations rappellent à bien des égards “Festen”, (d’un autre réalisateur danois Thomas Vinterberg) – mais filmé de main de maître à la manière d’un opéra. Le livret est assuré par un casting ébouriffant: Charlotte Rampling, fielleuse à souhait, y côtoie Kiefer Sutherland (le Jack Bauer de 24 Heures) et William Hurt, inquiétant .Elle contient des scènes iconoclastes comme seul Von Trier en est capable: on n’oubliera pas de sitôt les images de la mariée se soulageant sur un parcours de golf. Le nihilisme revendiqué de l’auteur agacera sans doute. C’est un peu vite oublier l”autre versant qui parcourt son oeuvre: le mysticisme.
A cet égard, l’évolution croisée des deux soeurs, – Justine retrouve la paix intérieure alors que Claire sombre corps et âme – ouvre la voie à un “final” à la fois terrifiant et apaisé. Comme semble nous  le dire en ricanant le “tout-puissant” cinéaste:  Dieu que la fin du monde peut être  jolie!

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