A Madagascar, la culture de khat est devenue en quinze ans la principale ressource agricole du nord du pays.
A deux heures de piste de Diego-Suarez, l’ancien port français, le nouvel eldorado – vert – se trouve au pied de la montagne d’Ambre, une réserve naturelle. Avec quelque 500 hectares tout au plus, Antsalaka, ville de six milles âmes perdue dans la brousse malgache, a conquis, au fil des ans, le titre de premier producteur, supplantant la bourgade voisine de Joffreville. Un quart de ses habitants travaille directement dans ce secteur d’activité encouragé, à ses prémices, par les autorités locales.
En 2005, le projet de loi pour en interdire la culture n’a jamais été adopté. Depuis l’Etat prélève une patente sur ce commerce informel qui fait vivre une micro-région. Une multitude de métiers aussi. Cultivateur, cueilleur, collecteur, ou encore gardien et livreur,… Le réseau est bien structuré et chacun y tire son profit.
Adoptée au détriment des cultures maraîchères, la plante a tout pour plaire. Elle demande peu d’entretien et elle est rentable au bout de deux-trois ans, avec des revenus jusqu’à cinq fois plus élevés que ceux des plantations traditionnelles.
Et sa consommation progresse. A Diego-Suarez (Antsiranana), il n’est dorénavant pas rare de voir « brouter » des femmes, une pratique réservée généralement aux hommes. Le khat est vendu à Nosy-Be, jusqu’à Mahajanga et même sur les étals de Tana (Antananarivo), la capitale située 700 kilomètres plus au Sud.
Implanté à Madagascar il y a près d’un siècle où il a été importé par des migrants originaires du Yemen, il est cultivé dans l’Est de l’Ethiopie, entre Dire-Dawa et Harar, d’où il est exporté. Les avions de ligne sont parfois retardés pour permettre l’embarquement de la marchandise à destination de Djibouti ou du Yemen, deux pays dans lesquels il est sur-consommé.
Dans la capitale abyssine Addis-Abeba, nombreuses sont les « maisons du khat » (« tchat bèt ») où les clients peuvent s’asseoir, palabrer ou regarder la télévision tout en sirotant un soda.
Outre Madagascar, l’ Arabie ou la Corne de l’Afrique, le khat est apprécié dans les pays d’Afrique australe (Kenya et Tanzanie surtout).
On retrouve sa trace dans des ordonnances médicales arabes du XIIe siècle. Il possède de la « cathine », aux mêmes effets que l’éphedrine et doit être consommé dans les trois jours après la cueillette, sous réserve de voir les principes actifs s’estomper.
La consommation de khat est autorisée en Hollande et en Grande-Bretagne mais interdite en France où il est classé comme produit stupéfiant.